GHB – Fléau en croissance

Par Aude Bariéty – Publié hier jeudi 11 novembre 2021 à 18h50.

©PHOTOPQR/LA PROVENCE/VALLAURI Nicolas ; Le GHB  » la drogue du violeur  » l’acide gamma hydroxybutyrique, qualifié de  » rêve de biologiste  » . Ce produit se présente sous deux formes : Une poudre floconneuse très légère et un liquide incolore . Elle a pour effet d’annihiler complètement la volonté de celui qui l’a absorbée et provoque une amnésie totale (MaxPPP TagID: maxstockworld176049.jpg) [Photo via MaxPPP]

L’inquiétante prolifération de la « drogue du violeur » : ENQUÊTE – Les témoignages de victimes du GHB se multiplient. Plusieurs enquêtes sont en cours en France.

Tours, Montpellier, Nancy, Grenoble… Dans plusieurs villes françaises, le fléau du GHB, plus connu comme la « drogue du violeur », connaît en cet automne 2021 une inquiétante « recrudescence », selon le terme du procureur de Montpellier Fabrice Belargent. Le mercredi 3 novembre, un étudiant grec de 29 ans, soupçonné d’avoir violé une étudiante de 20 ans sur le campus de HEC dans les Yvelines, a été mis en examen et écroué. Selon le récit de l’étudiante, l’homme l’aurait droguée pour faciliter l’agression. Le 26 octobre, le procureur de Grenoble Éric Vaillant a fait savoir à la presse que « la direction de Grenoble École de management (lui avait) signalé officiellement le 20 octobre dernier que du GHB avait vraisemblablement circulé au cours de trois soirées organisées dans la première quinzaine d’octobre par les étudiants de l’école, plusieurs d’entre eux ayant présenté le symptôme de perte de mémoire caractéristique de cette drogue ».

Une enquête pour « détention et cession de stupéfiants » et « administration de substances nuisibles » a immédiatement été ouverte, a ajouté le magistrat. À Tours, sept plaintes ont été déposées. À Nancy, « sept procédures distinctes concernant onze jeunes femmes ont été ouvertes entre le 17 septembre et aujourd’hui », précise le procureur François Pérain. À Montpellier, « six plaintes – de trois hommes et trois femmes – ont été recensées courant septembre », indique le procureur, qui souligne que « le mobile n’est pas nécessairement à caractère sexuel puisque certaines victimes ont signalé le vol d’objets qu’elles avaient sur elles ou d’argent ».

Ce constat est partagé par plusieurs associations, qui n’ont pas hésité à donner publiquement l’alerte. « Dès la rentrée, nous avons eu pas mal d’échos de personnes droguées pendant des soirées. Ce n’est pas nouveau, mais d’habitude, chaque année, on entend parler d’une ou deux personnes concernées. Là, c’était déjà plus de dix rien que sur le mois de septembre », confie Edgar Bruel, président de l’Association générale des étudiants montpelliérains (Agem). Début octobre, l’Agem a en outre récolté une cinquantaine de témoignages après avoir diffusé un questionnaire sur le sujet. Le phénomène ne s’arrête d’ailleurs pas aux frontières françaises. En Belgique, depuis mi-octobre, le compte Instagram BalanceTonBar réunit de nombreux témoignages de jeunes femmes qui auraient été abusées sexuellement après avoir été droguées dans deux bars du quartier étudiant d’Ixelles.

Un « black-out » : Plusieurs plaintes ont été déposées, une enquête a été ouverte, une manifestation a eu lieu à Ixelles et le gouvernement a annoncé le développement d’un projet contre « le chiffre noir » des agressions sexuelles. Au Royaume-Uni, la police a déclaré avoir reçu depuis le mois de septembre 140 rapports sur des incidents impliquant des boissons droguées et 24 impliquant des… piqûres, nouveau phénomène qui inquiète le pays.

Les récits des victimes se ressemblent souvent fortement. « Certaines jeunes femmes déclarent avoir été accostées par des individus qui leur auraient offert un verre, et se seraient senties mal ensuite ; d’autres indiquent avoir passé la soirée avec des groupes d’amis et s’être senties mal après une absorption d’alcool. Les troubles décrits seraient sans aucun rapport avec les quantités d’alcool absorbées », décrit le procureur de Nancy. Auprès du Figaro, Louise (*), Montpelliéraine de 44 ans, raconte : « Ça m’est arrivé en septembre, lors d’une soirée privée dans un lieu festif où je me suis rendue avec plusieurs amis. Nous sommes arrivés dans la salle après une première partie de soirée dans un autre établissement où nous avons consommé un verre de vin et une pizza. Nous avons bu une première caïpirinha, tout allait bien. Nous en avons commandé une deuxième, puis nous nous sommes mis à danser en posant nos verres. Et après deux gorgées de ce deuxième cocktail… C’est comme si je sortais de cinq jours de feria non-stop. J’ai beaucoup fait la fête dans ma vie ; la quantité d’alcool que j’avais bu ce soir-là ne me met pas dans un état pareil normalement ».

Louise décrit un « black-out » dans lequel surnagent quelques souvenirs épars. Après avoir quitté la soirée seule pour se rendre à l’arrêt de tram – « alors que me séparer de mes amis était la dernière chose à faire » – elle a la sensation de perdre connaissance.

« On m’avait notamment volé ma Carte bleue » : « Quand j’ai rouvert les yeux, je ne parvenais pas à lever la tête et à parler. J’ai vu mes affaires personnelles à terre. On m’avait notamment volé ma Carte bleue ». Elle doit son salut à un jeune homme qui, la voyant au plus mal, la raccompagne à pied chez elle. « J’ai eu la chance inouïe de tomber sur un mec bien… », confie la quadragénaire. Le lendemain, elle apprend que deux de ses amis, un homme et une femme, se sont retrouvés « dans le même état ». Depuis cet épisode, la bibliothécaire a modifié son comportement en soirée – « même si encore une fois, c’est à nous (les victimes, NDLR) de penser à tout… », glisse-t-elle. « Je fais hyper gaffe, je ne quitte pas le serveur des yeux quand il me sert, je ne lâche pas mon verre, je regarde plus ce qui se passe autour de moi ».

« Porter plainte contre qui, contre quoi, avec quelles preuves ? » : Ce phénomène reste très difficile à quantifier et à prouver. À moins de prendre en flagrant délit une personne en train de verser un produit dans un verre, il n’est pas aisé d’établir formellement qu’une ingestion de drogue a eu lieu. Comme dans le cas de Louise, les symptômes ressemblent parfois à ceux d’une alcoolisation excessive, les souvenirs sont par définition quasi inexistants et le produit disparaît rapidement de l’organisme. Le lendemain de la soirée où elle pense avoir été droguée, Louise s’est ainsi rendue au commissariat, où on lui a conseillé de revenir le lundi suivant, faute de personnel en nombre suffisant. « On ne m’a pas informée que je n’avais que quelques heures pour faire des analyses… Donc quand je suis retournée au commissariat après le week-end, c’était trop tard. Porter plainte contre qui, contre quoi, avec quelles preuves ? »

Preuves ou pas, plaintes ou pas, face à l’afflux de témoignages, les actions se multiplient. « Tout le monde est d’accord pour dire que, même s’il n’y a pas de plaintes, il ne faut pas balayer les choses d’un revers de main, mais au contraire se saisir du sujet puisqu’on est alertés », confie-t-on à la mairie de Poitiers, où la question a été abordée le 27 octobre lors d’un comité de la vie nocturne après un témoignage sur les réseaux sociaux qui a fait couler beaucoup d’encre. À l’issue de cette réunion, la mairie et les établissements de nuit ont décidé d’élaborer des affiches dont « le but n’est pas d’affoler les gens, ou de stigmatiser les bars, mais de porter un message de prévention ». À Grenoble, l’école de commerce GEM a interdit toute soirée étudiante jusqu’à nouvel ordre. À Montpellier, l’Agem et certaines associations étudiantes ont acheté plus de 2.000 protections pour verres réutilisables à distribuer en soirée.

Pendant ce temps, dans les quelques cas qui ont déclenché l’ouverture d’enquêtes, les investigations se poursuivent. Si les faits se confirment et que les auteurs sont identifiés, les sanctions à leur encontre pourront être sévères.

« L’administration à une personne, à son insu, d’une substance pouvant altérer son discernement ou le contrôle de ses actes » est une circonstance aggravante qui porte à 20 ans la peine encourue en cas de viol, et à 7 ans celle encourue en cas d’agression sexuelle. Depuis août 2018, l’article 222-30-1 du code pénal prévoit par ailleurs que « le fait d’administrer à une personne, à son insu, une substance de nature à altérer son discernement ou le contrôle de ses actes afin de commettre à son égard un viol ou une agression sexuelle est puni de 5 ans d’emprisonnement et de 75.000 € d’amende. Lorsque les faits sont commis sur un mineur de 15 ans ou une personne particulièrement vulnérable, les peines sont portées à 7 ans d’emprisonnement et à 100.000 € d’amende ».

(*) Le prénom a été modifié.

Lire la Source : https://www.lefigaro.fr/actualite-france/l-inquietante-proliferation-de-la-drogue-du-violeur-20211111?utm_source=CRM&utm_medium=email&utm_campaign=[20211112_NL_ACTUALITES]&een=86641ea8c294d5c7be9a97f7f353f771&seen=2&m_i=lq4ndhWOr2ubG%2BsMDtAyjKjJwMaV8NcXNw5i8VA8dHqc1ynnW5yzRTaFYAcm102op79J91CZmpjOMYJ3YJI6memlFz2tcSXUl6

© par Bernard TRITZ

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