Zemmour : faute de temps !

Par Charles Sapin – Publié hier lundi 15 septembre2021 à 20h19 – Mis à jour le mardi 16 novembre 2021 à 06h50.

French far-right media pundit Eric Zemmour looks on as he visits the « Made in France » fair at the Porte de Versailles, in Paris, on November 14, 2021. (Photo by Thomas SAMSON / AFP) – Ses équipes – qu’elles aient la charge du financement, des parrainages ou des ralliements nécessaires à sa candidature – le pressent, au plus vite, de sauter le pas dans l’intérêt de leurs quêtes respectives. THOMAS SAMSON/AFP

Candidature d’Éric Zemmour : le spectre de la « faute de temps » : ANALYSE – Après avoir signé une percée fulgurante dans les intentions de vote, Éric Zemmour sait ne plus pouvoir progresser davantage sans tomber le masque.

Trente-cinq ans de carte de presse ont forgé chez lui une conviction : il n’est pas pire erreur en politique qu’une faute de temps. Éric Zemmour l’a encore rappelé en petit comité récemment. Pour un candidat, la justesse d’une incarnation est une chose cardinale. L’efficacité des propositions en est une autre. Mais pas plus la première que la seconde ne sauraient pallier un mauvais minutage. Or se pose justement à l’essayiste, ces derniers jours, un délicat dilemme de calendrier : quand se jeter à l’eau et enfin se déclarer officiellement candidat à l’élection présidentielle ?

Après avoir signé une percée fulgurante dans les intentions de vote, Éric Zemmour sait ne plus pouvoir progresser davantage sans tomber le masque. Ses équipes – qu’elles aient la charge du financement, des parrainages ou des ralliements nécessaires à sa candidature – le pressent, au plus vite, de sauter le pas dans l’intérêt de leurs quêtes respectives. Même les études d’opinion, jusque-là si clémentes et porteuses, en viennent ces derniers jours à envoyer au non candidat un même signal, en enregistrant une dynamique marquant le pas, voire se contractant tout à fait.

Si les ambitions présidentielles de l’auteur du Suicide français (Albin Michel, 2014) ne font plus guère de doute, il peut espérer de son acte de candidature un certain élan. L’ouverture d’un nouveau cycle susceptible de lui redonner une nouvelle dynamique.

Mais voilà. Malgré les promesses de son équipe « qu’aucun calcul ni tactique » ne viendra interférer dans le choix du lieu et du moment de cette déclaration tant attendue, la tentation de la reporter encore de quelques semaines est la plus forte.

Retarder sa candidature, c’est prendre le risque de l’érosion, de nourrir la lassitude face à un « vrai faux » candidat : Frédéric Dabi, le directeur général de l’institut de sondage IFOP.

Comme le révélait Le Figaro, dans son édition du 7 novembre, le candidat entend se porter officiellement candidat à la fin du mois. Une déclaration qui sera suivie d’un 20 Heures, probablement sur TF1, puis les jours suivant d’un premier grand rassemblement au Zénith de Paris, le 5 décembre. Façon de faire coïncider le raout avec la désignation du candidat Les Républicains, prévue la veille. Et ainsi – espère Éric Zemmour – priver au maximum le parti de droite de lumière médiatique et clouer au sol son prétendant à peine consacré.

Une stratégie déjà étrennée, il y a exactement cinq ans, par un certain Emmanuel Macron. Celui qui était alors ministre démissionnaire de l’Économie avait choisi le 16 novembre pour officialiser sa candidature à l’Élysée. Quatre jours seulement avant le premier tour de la primaire de la droite d’alors. Mais la tactique n’avait connu qu’un succès mitigé. « Sa déclaration n’avait pas eu d’effet sur les sondages, rappelle Frédéric Dabi, le directeur général de l’institut de sondage IFOP. Ce n’est que bien plus tard, en février, que les courbes se croiseront avec le candidat de la droite ». Comparaison n’est pas toujours raison. Le candidat En marche ! bénéficiait alors de 15 % d’intentions de vote. Contre 28 %, près du double, pour le vainqueur de la primaire LR, François Fillon. Le pari d’Éric Zemmour ne se révèle pas moins risqué.

« Retarder sa candidature, c’est prendre le risque de l’érosion, de nourrir la lassitude face à un « vrai faux » candidat », note Frédéric Dabi. En clair, de provoquer une inversion de dynamique ô combien préjudiciable, dans l’espoir tout hypothétique de l’annihilation d’un possible élan en faveur du futur candidat LR. Sans compter le risque pour le polémiste d’être pris à son propre piège. Et de voir finalement sa propre candidature prendre l’ombre d’une désignation surprise au terme du congrès LR.

Si une déclaration de candidature seule n’a jamais fait perdre ou gagner une élection à un candidat, celle-ci place néanmoins la campagne sous de plus ou moins bons auspices. La déclaration alambiquée de Michel Rocard en 1980, celle grandiloquente d’Édouard Balladur en 1995 ou celle par simple fax de Lionel Jospin en 2002 figurent sans doute au Panthéon des plus manquées. Sans en être la cause, chacune de ces déclarations ont dit quelque chose de leur candidat et du pourquoi aucun d’eux n’a atteint le second tour. L’avenir dira si le choix d’Éric Zemmour de caler son calendrier sur celui de ses adversaires du parti Les Républicains relève, ou non, de la « faute de temps ».

Lire la Source : https://www.lefigaro.fr/vox/politique/candidature-d-eric-zemmour-le-spectre-de-la-faute-de-temps-20211115

© par Bernard TRITZ

MeToo politique ?

Par France Télévisions – Publié le lundi 15 novembre 2021 à 18h55 – Mis à jour le lundi 15 novembre 2021 à 21h52.

François Asselineau, lors de la présentation de son programme au siège de l’UPR le 19 octobre 2021. (JULIEN DE ROSA / AFP)

Présidentielle 2022 : qui sont les trois (potentiels) candidats accusés d’agressions sexuelles et visés par une tribune appelant à un #MeToo politique ?

Les signataires du texte voient dans le maintien de leurs candidatures à l’Elysée l’illustration de leur indifférence face à « la condition des femmes et des victimes ». Non nommés, Éric Zemmour, Jean Lassalle et François Asselineau sont visés.

« Le monde politique doit assumer ses responsabilités et écarter les auteurs de violences sexuelles et sexistes de ses rangs. » Dans une tribune publiée par Le Monde lundi 15 novembre, 285 femmes travaillant dans le milieu politique ou universitaire appellent au lancement d’un « #MeToo politique ».

Le texte est signé par des femmes politiques de renom comme Sandrine Rousseau (EELV), Laurence Rossignol (PS) ou Danièle Obono (LFI). Il relève notamment que « trois candidats ou potentiellement candidats à l’Elysée sont déjà cités dans de nombreux témoignages d’agressions sexuelles ». Sans se prononcer sur leur culpabilité, les signataires estiment que le maintien de leurs candidatures malgré ces accusations illustre « à quel point la condition des femmes et des victimes leur est indifférente ».

Le texte ne nomme pas les candidats visés, mais parmi les candidatures déclarées ou pressenties à l’élection présidentielle, trois personnalités ont déjà fait l’objet d’accusations de viol ou d’agression sexuelle : François Asselineau, Jean Lassalle et Eric Zemmour. Franceinfo résume ce que l’on sait de ces trois affaires.

François Asselineau, mis en examen pour agressions sexuelles : Une enquête préliminaire a été ouverte en mai 2020 après les plaintes de deux anciens salariés de son parti et un signalement au procureur par un des cadres de sa formation politique. Depuis le 5 février, le fondateur et président de l’UPR est mis en examen pour agressions sexuelles par personne ayant autorité, harcèlement sexuel et moral, et intimidation d’une victime. Il est placé sous contrôle judiciaire.

Rembobinons : En avril 2020, Le Figaro révèle l’existence d’un courrier signé par une large majorité du bureau national et des délégués régionaux de l’UPR appelant François Asselineau à démissionner. Les signataires expliquent avoir connaissance d’informations d’une « extrême gravité » concernant les relations « particulières et plus qu’insistantes » de François Asselineau avec deux de ses collaborateurs. Quelques jours plus tôt, des messages privés du président du parti avaient fuité sur internet.

Les deux ex collaborateurs et plaignants ont depuis témoigné dans Libération. Tous deux disent avoir été les destinataires de déclarations amoureuses et de menaces de la part du candidat à l’élection présidentielle de 2017. D’autres adhérents de l’UPR ont raconté avoir assisté à un appel entre François Asselineau et un des deux plaignants, Mathieu, qui confirmait ce récit. Un militant rapporte à Libération les confidences de Mathieu. Ce dernier lui a dit avoir été embrassé sans son consentement, dans son sommeil, par François Asselineau. L’autre plaignant, William, affirme, toujours à Libération, que le patron de l’UPR a tenté de l’embrasser de force.

François Asselineau a « démenti catégoriquement » les accusations de harcèlement dévoilées par Le Figaro. Dans la foulée, il a convoqué un congrès extraordinaire de son parti pour renouveler le bureau national et a été réélu avec 77,7% des voix, selon l’UPR. Philippe Conte, le candidat des opposants qui appelaient à son départ, a quitté l’UPR pour créer un autre parti, Génération Frexit, et affirme que 80% des cadres l’ont suivi.

Après sa mise en examen, l’avocat de François Asselineau, Pierre Darkanian, a estimé que l’enquête avait été « menée exclusivement à charge » et a qualifié les faits de « prétendus baisers volés ». Son entourage affirme qu’il est la cible d’une « tentative de prise de contrôle » de l’UPR. François Asselineau a maintenu sa candidature à la présidentielle, annoncée dès 2019, et affirmait en octobre qu’il « ne pensait pas » que sa mise en examen lui causerait du tort dans les urnes.

Jean Lassalle, accusé d’agression sexuelle : Sur Twitter, en octobre 2017, au lendemain de l’émergence du hashtag #balancetonporc, la directrice de communication du Parti communiste français, Julia Castanier, accuse Jean Lassalle de lui avoir « mis une main aux fesses ». Elle précise le contexte à Mediapart quelques jours plus tard : les faits se sont produits « vers 2010 », devant le bureau de Poste situé à l’intérieur de l’Assemblée nationale, alors qu’elle était attachée parlementaire. L’homme politique occupait déjà le siège de député des Pyrénées-Atlantiques. « Jean Lassalle, en passant, me met la main aux fesses et s’en va. Moi, je n’ai rien dit, j’étais complètement interloquée, affirme Julia Castanier. On ne s’est jamais parlé après. »

Après la publication de son tweet, Jean Lassalle réagit dans plusieurs médias. « Je ne connais pas cette dame. Je ne me souviens pas de cet épisode », affirme-t-il à Sud-Ouest. « Mettre une main aux fesses n’a jamais été dans mes habitudes », assure-t-il à Mediapart. L’affaire n’a pas de suites judiciaires.

À la même période, une journaliste accuse l’ex candidat à l’élection présidentielle de tentative d’agression sexuelle : Mié Kohiyama affirme qu’il a « essayé de l’embrasser » sans prévenir après une interview au Japon en 2007. Elle avait détaillé son récit dans une tribune publiée par Le JDD. Jean Lassalle avait répondu, dans La République des Pyrénées, se souvenir de leur rencontre mais pas de l’acte qui lui est reproché.

Éric Zemmour, accusé d’agressions sexuelles : Le polémiste d’extrême droite Éric Zemmour est concerné par le terme « potentiellement candidat » utilisé dans la tribune des femmes politiques. Plusieurs accusations ont émergé au printemps, alors que la perspective de sa candidature commençait à se dessiner.

Gaëlle Lenfant, élue d’opposition au conseil municipal d’Aix-en-Provence et ancienne responsable du PS, raconte, le 24 avril, sur Facebook avoir été embrassée de force par Éric Zemmour lors des universités d’été du PS. Elle situe l’épisode en 2004, tandis que son ex-mari, interrogé par Mediapart, évoque 2005, année où Éric Zemmour a couvert les universités d’été pour Le Figaro. Plusieurs proches, dont cet ancien compagnon, confirment qu’elle leur a raconté l’épisode bien avant que le journaliste devienne un possible candidat à la présidentielle. « À l’époque, je n’ai jamais pensé à porter plainte », dit-elle à Mediapart. Les faits sont aujourd’hui prescrits.

Quelques jours plus tard, l’écrivaine Aurore van Opstal affirme qu’Éric Zemmour lui a « caressé le genou avec sa main » remontant « jusqu’à l’entrejambe », lors d’un café en 2019. Après avoir relaté l’épisode sur Twitter, elle précise à Mediapart que le geste lui a d’abord semblé « anecdotique », ce qu’elle explique par son histoire personnelle : elle a été victime de violences précriminelles.

Quatre autres femmes témoignent de manière anonyme dans l’article de Mediapart. Une maquilleuse d’iTélé affirme avoir été plaquée contre un mur par le chroniqueur. Une hôtesse d’accueil de la chaîne assure qu’il lui a passé la main sur les fesses. Une journaliste l’accuse de l’avoir embrassée à deux reprises sans son consentement à l’issue d’un café. Cette dernière témoigne aussi dans un récent documentaire de l’émission « Complément d’enquête » sur France 2.

Éric Zemmour n’a fait l’objet d’aucune plainte des femmes concernées. Après le témoignage de Gaëlle Lenfant, son entourage a affirmé à Franceinfo qu’il n’avait « aucun souvenir de cette scène » et a dénoncé « une affaire politique ». Le possible candidat à la prochaine élection présidentielle a refusé de répondre à Mediapart. Interrogé par « Complément d’enquête », son avocat Olivier Pardo a présenté ces accusations comme des « attaques obligées (…) dans un moment de campagne politique ».

Lire la Source : https://www.francetvinfo.fr/elections/presidentielle/presidentielle-2022-qui-sont-les-trois-potentiels-candidats-accuses-d-agressions-sexuelles-et-vises-par-une-tribune-appelant-a-un-metoo-politique_4845627.html

© par Bernard TRITZ