Chevaliers de l’Ordre du Saint-Sépulcre

Par Marie-Liévine Michalik – Publié le jeudi 19 août 2021 à 06h30.

Les chevaliers n’utilisent plus leurs armes. Leur mission est avant tout financière et spirituelle. Élodie Mézière / LE FIGARO

« Pour la gloire du Christ et au service des chrétiens de Terre Sainte ! »

LES CONFRÉRIES : Vêtus d’une longue cape blanche brodée aux fils rouges ou d’une dentelle noire pour les dames, 30.000 hommes et femmes d’une trentaine de nationalités s’engagent, dans l’héritage des Croisés, à vivre aujourd’hui les valeurs chevaleresques.

« Je déclare et je promets, de bouche et de cœur, à Dieu Tout-Puissant, à Jésus-Christ son fils et à la Bienheureuse Vierge Marie, à observer, avec prière et modestie, les constitutions de l’Ordre du Saint-Sépulcre ». Ludovic avait 30 ans lorsque l’épaisse épée s’est déposée sur chacune de ses épaules. « Recevez ces éperons, symbole de notre ordre, en l’honneur et à la gloire du Saint-Sépulcre ». Le Toulousain, à l’accent bien marqué, a ainsi été adoubé chevalier, loin des pierres brûlantes de Jérusalem et de la horde de Croisés sous les ordres de Godefroy de Bouillon en 1099. Ce jour d’automne 2005, « resté gravé dans sa mémoire », il s’est inscrit dans la lignée millénaire des chevaliers de l’Ordre du Saint-Sépulcre. Comme lui, 30.000 hommes et femmes d’une trentaine de nationalités portent fièrement la croix de Jérusalem, symbole de leur engagement.

Leur cape blanche et la croix de Jérusalem brodée de rouge rappellent sans aucun doute cet héritage. L’ordre du Saint-Sépulcre, autrement appelé l’ordre des chevaliers de Jérusalem, trouve son origine vers 1135, une trentaine d’années après la prise de la ville sainte. Conquises dans un bain de sang, les terres ont été partagées en quatre pour former les États latins et le Royaume de Jérusalem. Installés pendant deux centaines d’années, les chevaliers accompagnés de nobles, ont pris goût au raffinement oriental, sans pour autant oublier leur mission première qui est de servir la chrétienté. Nombre d’entre eux vont donc se retrouver au pied du tombeau du Saint-Sépulcre, où Jésus a été déposé dans son linceul puis Ressuscité, selon les Évangiles.

Guerres et conquêtes s’enchaînent, les terres s’acquièrent puis se perdent successivement aux mains des Turcs et des Croisés. L’Ordre prend de l’ampleur, et le sacré s’intensifie aux dépens des armes. À partir du XVIᵉ siècle, c’est le Custode de Terre Sainte, supérieur des franciscains et gardien du Saint-Sépulcre, qui les adoube toujours selon les rites chevaleresques. Poussés par cette volonté de vivre une foi pure, des religieux, autrefois exclus de la chevalerie, viennent compléter les rangs. S’ensuit donc une longue époque « franciscaine », cadencée par les pèlerinages de chrétiens du monde entier. Un certain François-René de Chateaubriand y usera même ses chaussures de cuir en 1806. « J’aperçus enfin moi-même cette montagne comme une tache ronde au-dessous des rayons du soleil. Je me mis alors à genoux à la manière des Latins. […] La vue du berceau des Israélites et de la patrie des chrétiens me remplit de crainte et de respect. J’allais descendre sur la terre des prodiges, aux sources de la plus étonnante poésie, aux lieux où, même humainement parlant, s’est passé le plus grand événement qui ait jamais changé la face du monde, je veux dire la venue du Messie », écrit-il dans son Itinéraire de Paris à Jérusalem, publié en 1811.

Ce n’est qu’en 1847, lors de la restauration du Patriarcat latin de Jérusalem que le pape Pie IX décide de confier à l’Ordre la mission de soutenir les œuvres et institutions cultuelles, caritatives, culturelles et sociales de l’Église catholique en Terre Sainte. Toujours drapés de blanc et rouge, les chevaliers quittent définitivement les armes pour se mettre au service des chrétiens d’Orient.

Lire la Source : https://www.lefigaro.fr/actualite-france/chevaliers-de-l-ordre-du-saint-sepulcre-pour-la-gloire-du-christ-et-au-service-des-chretiens-de-terre-sainte-20210819

© par Bernard TRITZ

Rite Écossais Rectifié.

Rite maçonnique hérité d’un autre siècle.

Par Mayeul Aldebert – Publié le mardi 17 août 2021 à 06h00, mis à jour le mardi 17 août 2021 à 10h56.

Le rite écossais rectifié, comme tous les rites maçonniques, peut être pratiqué dans plusieurs obédiences. Élodie Mézière / LE FIGARO.

LES CONFRÉRIES – Rite ancien et très minoritaire, le régime écossais rectifié a la particularité de demeurer inchangé depuis sa création, au XVIIIe siècle.

Vestige du corporatisme médiéval, la tradition des confréries a survécu à l’usure des âges et renaît même aujourd’hui avec une vivacité nouvelle. Gardiennes jalouses de leurs coutumes, ces organisations confraternelles perpétuent des arts et usages immémoriaux et en assurent joyeusement la transmission. Le Figaro est parti rencontrer cet été la France des confréries.

« Ces frères qui m’entouraient avaient une certaine élégance », se remémore Thierry, « revêtus d’un tablier et d’un chapeau tricorne, épée à la ceinture, ils m’impressionnent ! ». Initié il y a 30 ans à la franc-maçonnerie, tout bascule en 2012, pour le Nancéien de 52 ans, quand, par l’intermédiaire d’un ami, il découvre le rite (ou régime) écossais rectifié. « C’est un rituel rare dans le monde franc-maçon », raconte Thierry, « hérité directement du siècle des lumières, et dont rien n’a été modifié, des multiples symboles jusqu’aux tenues de cérémonie ».

Selon la formule d’engagement du premier grade, celui qui est désormais maître, après avoir été apprenti et compagnon, a promis d’être « bienfaisant envers tous les hommes […] et de ne jamais révéler aucun des mystères, secrets et symboles de la Franc-maçonnerie ». Thierry se souvient. Il se tenait un genou à terre, devant le plateau du vénérable maître, le frère qui préside la cérémonie, situé à l’orient dans le temple maçonnique. « Le vénérable maître a posé une épée sur mon épaule, comme un adoubement », avant de prêter serment sur l’Évangile selon Saint Jean, « en présence du grand architecte de l’Univers […] à être fidèle à la sainte religion chrétienne, au chef d’État et aux lois d’État », selon le cérémonial du rite.

Un rite maçonnique est comme une sorte de liturgie, avec ses rituels, ses symboles, sa finalité propre. Le rite écossais rectifié, comme tous les rites maçonniques, peut être pratiqué dans plusieurs obédiences qui sont les structures administratives des francs-maçons. Au Grand Orient de France, plus importante obédience en Europe, rassemblant près de 52.000 membres, seuls 2000 francs-maçons pratiquent le rite écossais rectifié, sur les cinq que compte l’obédience.

L’épée, le chapeau à partir du troisième grade, le tablier et les gants blancs. Noé Pernin

Depuis maintenant neuf ans, le frère maçon a prêté serment et rejoint une loge du Grand Orient qui pratique ce rite ancien, la loge étant l’assemblée locale, comme une église. Et l’analogie avec la religion chrétienne est loin d’être inadaptée.

Adogmatisme et références chrétiennes : Le frère nancéien raconte : « Nous nous retrouvons deux fois par mois pour des assemblées qui peuvent prendre différentes formes en fonction des cérémonies ». Initiation, fête particulière, prise de grade… Les rituels varient en fonction de l’événement. Chaque séance s’ouvre avec un rituel censé sacraliser le temple. Souvent, l’un des frères présente un travail de réflexion, « une planche » dans le vocabulaire. Pour une prochaine séance, Thierry prépare un travail « sur le lien entre saint Jean-Baptiste et Saint Jean l’Évangéliste ».

Les références chrétiennes abondent dans le rite écossais rectifié. C’est ce qui fait, en partie, la grande spécificité du « RER ». La longue histoire du conflit entre la franc-maçonnerie et l’Église depuis l’époque moderne est en effet bien connue. Dès 1738, le Vatican condamne les sociétés maçonniques – jugement inchangé à ce jour – et celles-ci scelleront la rupture à la Révolution, prenant parti pour l’État républicain et laïc.

Le rite écossais rectifié, constitué à Lyon en 1776, s’est, lui, réfugié à Genève avant la Révolution, pour réapparaître en France dans l’entre-deux-guerres. « Il n’a jamais pris le tournant anticlérical et a échappé aux grandes luttes politiques et idéologiques de la Révolution et du XIXe siècle », explique Jean-Marc Vivenza, philosophe et auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet. « Cette pratique maçonne se réveille au début du XXe, intacte, avec tous ses critères dont l’exigence de la croyance en Dieu », précise-t-il.

En pratique cependant, dans un environnement maçonnique adogmatique par définition, la croyance en Dieu peut être interprétée comme « l’acceptation d’un objet d’étude, la compréhension intellectuelle d’un être suprême, supérieur, d’un grand architecte, d’une notion de plus grand que soi », explique le prieur du Grand Prieuré Indépendant de France, responsable du rite au Grand Orient de France.

« Chevalerie spirituelle » : Par tradition, « on considère qu’à l’origine de la franc-maçonnerie, il y avait une maçonnerie de métier – dite opérative », développe Patrick Courbis, secrétaire du Directoire National Rectifié de France. La mutation de ces corporations en cénacle intellectuel, en maçonnerie dite « spéculative », se serait sans doute opérée en Écosse et en Angleterre dès le XVIIe siècle. Alors que les corporations de bâtisseurs déclinaient, les loges se sont ouvertes à de généreux notables locaux, appelés gentlemen masons ou free-masons, « maçons libres et acceptés ».

Le rite écossais rectifié, qui n’a pas été modifié – jusqu’à son vocabulaire – depuis le XVIIIe siècle, a été créé en revanche en France par le lyonnais Jean-Baptiste Willermoz. Influencé par divers courants maçonniques, et notamment par le régime allemand de la Stricte Observance Templière, le commerçant lyonnais a bâti un rite sur la conservation d’un héritage chevaleresque du Moyen-Âge. « L’idée initiale de Jean-Baptiste Willermoz est qu’il faut rectifier l’ordre du Temple », explique Jean Marc Vivenza. Les grades, c’est-à-dire les degrés d’initiation, en sont le reflet. Après apprenti, compagnon, maître et maître écossais de saint André, le cinquième grade est celui de chevalier bienfaisant de la cité sainte, véritable garant et protecteur du rite.

Une quête spirituelle s’ajoute à cet esprit chevaleresque. « Si l’homme s’était conservé dans la pureté de sa première origine, l’initiation n’aurait jamais eu lieu pour lui », peut-on lire dans les écrits du fondateur du rite, en référence au péché d’Adam et Eve. Pour lui, l’initiation est un des « secours providentiels » que Dieu a donné à l’Homme pour le rétablir dans ses premières propriétés, c’est-à-dire accéder à la vérité qu’il a perdu dans la chute originelle.

C’est dans cette perspective spirituelle et biblique qu’il faut comprendre le rite écossais rectifié. Jean-Marc Vivenza le résume comme un « ésotérisme chrétien ». Le frère maçon est à la recherche de l’expérience spirituelle initiale, celle que l’homme connaissait « avant de descendre dans une direction opposée à la lumière ».

Le prieur du Grand Prieuré Indépendant de France, qui ne veut pas révéler son nom, parle quant à lui de la recherche de « la loi d’amour au sens de l’Agape grec, un amour spirituel, de partage, de vécu avec les frères ». « L’expérience est incommunicable par essence, c’est le vrai secret maçonnique », souffle-t-il.

Le rite écossais rectifié étonne par ses nombreuses particularités, mais il reste, dans son identité, un rite maçonnique par excellence, c’est-à-dire un cercle humaniste et philosophique accessible par cooptation et qui cultive le secret, ou plutôt, comme ses membres aiment le souligner, la « discrétion ».

Lire la Source : https://www.lefigaro.fr/actualite-france/le-regime-ecossais-rectifie-ce-rite-maconnique-herite-d-un-autre-siecle-20210817

© par Bernard TRITZ

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